Maman enfant malade

7 mai 2026

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Conciliation travail-vie personnelle

Comment rester fiable au travail malgré les imprévus familiaux?

Dire oui à tout pour compenser son manque de disponibilités n’est pas une stratégie durable

Avec des enfants, on ne contrôle pas toujours notre disponibilité et les imprévus sont immanquables. Notre enfant tombe malade une fois, on se dit que ça arrive à tout le monde. Puis, il retombe malade 3 fois en 1 mois. Encore?!? 

Je sais exactement la culpabilité que tu peux ressentir de devoir redéplacer une 2e fois une rencontre (avec les mêmes gens), parce que, que veux-tu, la gastro de ton enfant vient de t’atteindre. Hélas, la gastro n’épargne personne. Et là, la culpabilité s’installe en même temps que ton mal de cœur. Tu te sens mal à l’aise de redéplacer ou de manquer encore une rencontre, malgré que c’est complètement en dehors de ton contrôle.

Cette culpabilité peut alors t’amener à dire oui par la suite à des demandes auxquelles en temps normal tu aurais dit non. Pour prouver ton engagement, rassurer ton équipe que tu es une personne fiable, compétente. Pourtant, cette stratégie de compensation peut se transformer en un cercle vicieux épuisant, et même contre-intuitivement, freiner ta progression professionnelle. 


S’épuiser sur du travail invisible

Dire oui à chaque demande, comme celle d’aider un collègue sur un dossier peu important, ou d’organiser le déjeuner d'équipe, peut sembler être une bonne idée pour compenser notre manque de disponibilités de la dernière semaine. Pourtant, cela t’amène à dépenser beaucoup d’énergie pour peu de résultats. Tu te brûles sur des projets qui ne contribuent même pas à faire avancer tes objectifs, et à être considérée pour les opportunités / promotions. Accomplir beaucoup de choses, si ces choses ne sont pas visibles ou à valeur ajoutée dans ton rôle, n'en vaut pas la peine.

On pense que dire oui nous rend visible, fiable. En réalité, cela nous rend surtout utilisable.

  • Le risque : devenir la personne à qui l'on confie les tâches dont personne ne veut.

  • La conséquence : en acceptant tout, on perd le temps nécessaire pour exceller sur nos projets stratégiques, ceux qui sont à haute visibilité dans l’organisation et qui justifient une promotion.

Pour être considérée pour des opportunités ou des promotions, il faut être associée à des résultats tangibles. Si nos efforts sont dispersés sur dix micro-projets ici et là, notre contribution globale devient floue. Et c’est d’autant plus frustrant parce qu’on a mis beaucoup de temps, souvent en dehors des heures de travail habituelles, pour «rattraper» notre absence. 


Le piège d’essayer de «compenser»

Inconsciemment, nous agissons comme si nous devions compenser pour notre manque de disponibilité à chaque fois que notre enfant a de la fièvre. On pense alors qu’il faut devenir la collègue ultra-disponible, celle qui répond aux courriels à 21h ou qui accepte de reprendre le dossier mineur dont personne ne veut.

Mais plus on compense par des tâches à faible valeur, moins on a d'énergie pour les dossiers ou projets qui comptent vraiment. On finit davantage fatigué(e), surchargé(e), et paradoxalement, moins performant(e) là où on nous attend réellement.

Le piège de la compensation est le chemin le plus court vers l'épuisement. En tant que parent, ta charge mentale est déjà élevée. Si tu ajoutes à cela une charge de travail artificielle créée par la culpabilité, tes capacités physiologiques et psychologiques seront atteintes voire dépassées.

Le burnout ne survient pas seulement parce qu'on travaille trop, mais parce qu'on travaille trop sur des choses qui n'ont pas de sens ou qui ne sont pas reconnues. 


Comment reprendre le contrôle ?

Pour sortir de cette dynamique, il faut, encore plus qu’avant, prioriser. Pour prouver ton engagement et rassurer ton équipe, tu dois leur démontrer que tu es capable de prioriser les vraies priorités. Que dans les moments où beaucoup de variables sont incontrôlables, tu es quand même capable de demeurer focus sur ce qui compte le plus. 

Cette capacité à disperser le bruit pour garder l’essentiel est une compétence de leadership essentielle. Elle sera beaucoup plus valorisée que celle de dire oui à tout. Parce que plus on monte les échelons, plus on doit avoir cette capacité de priorisation. Les leaders (PDG, VP) disent beaucoup plus souvent non que oui. 

Lorsque ta disponibilité est chamboulée par les imprévus du quotidien avec des enfants, n’accepte pas la première demande pour compenser ton manque de disponibilité. Poses-toi plutôt cette question :

Qu’est-ce qui est essentiel d’accomplir cette semaine pour atteindre mes objectifs ?

Ne regarde pas ta liste de tâches globale, regarde tes indicateurs de performance (KPI). Si tu ne dois accomplir qu'une seule chose cette semaine pour considérer que tu as accompli l’essentiel malgré tes absences, quelle serait-elle ? C'est là que ton énergie doit aller. Le reste est accessoire.


Redéfinir la fiabilité : de la présence à la prévisibilité

On confond souvent fiabilité et disponibilité constante. La réalité est différente. Une personne fiable est une personne dont on connaît la qualité de livraison, même si les modalités de travail varient.

Voici comment communiquer ta fiabilité sans dire oui à tout :

  • Sois transparent(e) sur tes livrables, pas sur tes minutes : Au lieu de t’excuser pour ton absence, communique sur l'avancement : «Je serai absente ce matin, mais le dossier X sera déposé demain comme prévu.»

  • Propose des alternatives : Si on te sollicite pour une tâche non prioritaire alors que tu reviens d'une absence imprévue, dis simplement : «Je ne peux pas m'en occuper cette semaine car je priorise la finalisation du projet Y. Par contre, je peux te donner un feedback de 5 minutes vendredi.»

  • Assume ta réalité parentale comme une force : La gestion des imprévus développe une agilité incroyable. Utilise cette agilité pour optimiser tes processus de travail plutôt que pour travailler plus d'heures.


Conclusion

Compenser un manque de disponibilité par une hyper-réactivité ne sera ni bénéfique pour ta santé ni pour ta progression professionnelle. Ta valeur ne réside pas dans ta capacité à absorber tout le travail qui traîne, mais dans ton aptitude à choisir les priorités qui feront réellement bouger les lignes. Les imprévus de la vie familiale sont ta meilleure opportunité de pratiquer ta capacité de dire non, soit une capacité de gestion nécessaire pour monter les échelons.

Alors la prochaine fois que la gastro s’invite chez vous ou que la garderie appelle, reste focus, livre de la qualité sur l'essentiel, et dis-toi : «Voilà une belle opportunité pour pratiquer ma capacité de prioriser et de dire non !»



FAQ

1. Est-ce que refuser des tâches après une absence ne risque pas de me faire passer pour quelqu'un de désengagé(e) ?

Au contraire. En disant non aux demandes à faible valeur ajoutée, tu démontres que tu comprends les objectifs de l'organisation. La fiabilité se mesure à la capacité à livrer ce qui compte vraiment, même quand les imprévus sont présents.

2. Comment gérer la culpabilité que je ressens quand je dois encore m'absenter pour mon enfant malade ?

Au lieu de te justifier longuement, rassure tes collègues sur la progression de tes livrables : «Je m'occupe de mon enfant aujourd'hui, mais le projet X avance et sera prêt pour jeudi.» En déplaçant la discussion de ton temps de présence vers tes résultats, tu maintiens le contrôle de ta crédibilité.

3. Qu’est-ce que le «travail invisible» ?

Le travail invisible regroupe toutes les tâches nécessaires au bon fonctionnement de l'équipe mais qui souvent ne sont pas reconnues à leur juste valeur dans les évaluations de performance. Si c’est le cas, ce travail doit être réparti au sein des membres d’une équipe, pour éviter que certaines personnes en portent inéquitablement la charge.