Femme en droit
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Les défis que vivent les avocates au retour d’un congé de maternité nuisent à leur progression de carrière

Depuis plus de 10 ans, le nombre de femmes membres du Barreau du Québec surpasse le nombre d'hommes, pourtant elles occupent encore en minorité le rôle d’associée (32 % seulement des avocats associés en pratique privée sont des femmes).


Pourquoi les femmes avocates demeurent minoritaires dans le rôle d’associée?

L’une de ses raisons est sans aucun doute, les défis de conciliation travail-famille, qui bien que partagés par les avocats et avocates, sont encore aujourd’hui plus présents chez les avocates.

Selon le rapport de recherche de Nathalie Cadieux (2024), près d'une avocate québécoise sur deux juge la profession du droit incompatible avec la vie de famille (contre un avocat sur trois). Toujours selon le même rapport de recherche, 45% des avocates affirment vivre un conflit travail - vie personnelle (contre 34,8% des avocats). 

De plus, bien que les avocats soient de plus en plus nombreux à prendre leur congé parental, la durée de celui-ci est encore de beaucoup supérieure pour les avocates. En moyenne, les avocates au Québec prennent 40 semaines de congé parental, contre 6 semaines pour les avocats (2023). 

Au retour de leur congé de maternité, les avocates sont confrontées à plusieurs défis qui nuisent à leur progression de carrière vers l’ascension au rôle d’associée. Parmi ceux-ci, l’on retrouve :


  • Perte de dossiers ou de clients importants

    Pendant son congé de maternité, les dossiers et les client(e)s de l’avocate sont confiés à d'autres avocat(e)s. Au retour, il est malheureusement fréquent que ces dossiers ou ces client(e)s ne lui soient pas toujours restitués. Dans certains cas, la réalité du dossier justifie que le dossier soit maintenu par l’avocat(e) en cours. Toutefois, la question à savoir s’il serait pertinent pour l’avocate de reprendre son dossier ou son client n’est pas toujours évaluée. Ce qui fait en sorte que l’avocate se retrouve souvent à repartir à zéro à son retour de congé de maternité.


  • Préjugés face à leur disponibilité

    Au retour d’un congé de maternité, les avocates font face à des préjugés sur leur disponibilité, et ce, malgré leur engagement et leur efficacité. Il est souvent présumé qu’elles ne sont plus en mesure de travailler tard le soir ou la fin de semaine, ou d'assister à des événements de réseautage, en raison de leurs nouvelles responsabilités parentales. Ces idées préconçues peuvent les exclure de l’attribution de dossiers à forte visibilité ou de projets stratégiques. Ces préjugés les désavantagent par rapport à leurs pairs, car ils limitent les occasions pour elles de se démarquer.


  • Relations à rebâtir avec les donneurs d’ouvrage et /ou clients

    Le congé de maternité interrompt temporairement les relations professionnelles établies avec les clients et les donneurs d’ouvrage. Il est possible que les donneurs d’ouvrage aient adopté des façons de travailler avec d’autres avocat(e)s pendant ce temps, et que leur processus d'octroi des dossiers ait changé. Il est aussi possible que les clients aient développé de nouvelles relations avec les avocat(e)s qui les ont aidés pendant l'absence de l'avocate, et qu'ils ne souhaitent pas revenir en arrière. 


  • Retard dans l’accumulation de crédits

    Durant le congé de maternité, bien souvent une avocate ne peut accumuler de crédits qui lui seront nécessaires pour accéder au rôle d’associée. À son retour, elle peut se retrouver avec un retard considérable par rapport à ses pairs, ce qui compromet directement ses chances de devenir associée en même temps que ses collègues.



Comment réduire les défis que vivent les avocates au retour d’un congé de maternité et qui nuisent à leur progression de carrière?

Pour augmenter la proportion de femmes dans le rôle d’associée en pratique privée, il est essentiel de cibler le moment qui crée la plus grande différence dans le chemin de progression de carrière des avocates et des avocats, soit à la prise du congé parental. Parmi les initiatives essentielles, l’on retrouve :



  • Encourager les avocats à prendre leur congé parental

    Les avocats sont de plus en plus nombreux à prendre leur congé parental, et cela est une excellente nouvelle. Les bienfaits du partage du congé parental sont nombreux, autant pour le père, que pour l’enfant, que pour la mère (ou son partenaire). En encourageant les avocats à prendre leur congé parental et à s’absenter pour des raisons familiales, cela contribue à équilibrer les responsabilités parentales, et donc, à équilibrer l’égalité des chances vers l’ascension au rôle d’associé(e).


Conclusion

Bref, les congés parentaux ne sont pas des moments anodins dans la carrière des avocates. Ils sont souvent le moment précis où la carrière des avocates et des avocats prend des chemins différents. Se pencher concrètement sur l'étape du congé parental est donc essentielle, si nous souhaitons atteindre la parité au sein des associé(e)s dans le milieu juridique.